thLe continent Africain puise certainement la source de ses différents maux dans le fleuve du pouvoir absolu exercé par certains de ses dirigeants mal élus ou imposés de forces à la tête de plusieurs de ses états. C’est une source d’eau impure, remplie de microbes de souffrances et de haine gratuite à laquelle s’abreuvent malheureusement nos peuples épris de justice et de paix, c’est ce qu’on appelle la dictature, qui semble ne pas être loin de la démocratie.

C’est quoi une dictature ?

Lors d’un échange avec des étudiants de l’université de Yaoundé 2 à SOA dans le cadre de mes activités politiques, j’ai demandé à chacun des cinq jeunes avec qui j’échangeais de me donner la définition du mot dictature. La dictature c’est l’exercice d’un pouvoir absolu pour le premier étudiant, la dictature c’est l’absence de la démocratie pour le second et pour le troisième, la dictature était tout simplement un nom qui désigne toute politique nationaliste pratiquée par certains Africains antioccidentaux. Le quatrième étudiant, d’un air révolté dira pour sa part que la dictature était un système de gouvernement propre aux rebelles et aux minorités. Pour le cinquième étudiant, la dictature c’est un système de gouvernement dans lequel le dirigeant en chef s’éternise au pouvoir en usant des moyens de musèlement, d’intimidation et de répression brutale des gouvernés.  Je suis convaincu que si l’on va au delà de ces cinq étudiants ou si l’on demande à un échantillon de cinquante personnes d’origines Africaines c’est quoi une dictature, on aura certainement  cinquante réponses différentes, puisque chacun la définira selon son appréhension ou selon la façon dont il la vit.  Dans mon précédent ouvrage intitulé le « Chemin de la Liberté» je définissais la démocratie comme étant la dictature de la majorité. Une telle définition qui avait suscité en plusieurs parmi vous un sentiment d’incompréhension et de sapristi avait poussé certains à me poser la question suivante : si la démocratie est une dictature, alors c’est quoi la dictature elle-même ?

Le dictionnaire de poche Français définit la démocratie comme étant un régime politique où la souveraineté est exercée par le peuple et la dictature comme étant un pouvoir absolu. Le pouvoir absolu dont nous parlons ici est bel et bien exercé sur un peuple par un groupe de personnes issu de ce peuple ou par une partie du peuple qui représente le plus souvent sa majorité. D’une part, la minorité étant incapable d’accéder au pouvoir en empruntant la voie démocratique caractérisée par une élection transparente est obligée d’utiliser des méthodes brutales et antidémocratiques pour le faire, c’est « l’oppression de la démocratie ». D’autre part, la majorité qui accède démocratiquement au pouvoir exerce, peut être sans le savoir une dictature sur la minorité qui est obligée de subir toutes les décisions prises par la majorité, c’est « la dictature de la majorité ».

L’écrivain, cinéaste, journaliste et correspondant de guerre Italien, Curzio Malaparte pense que la manifestation exagérée de la jalousie est une forme de dictature : « La dictature est la forme la plus achevée de la jalousie» Il est arrivé à tout le monde d’être jaloux dans sa vie. Plusieurs parmi vous ont manifesté sans peut être le savoir un sentiment de jalousie à l’égard de son propre frère ou de sa propre sœur ou même encore à l’égard d’un partenaire amoureux. Voila une autre facette de la dictature, devons nous la qualifiée de dictature familiale ou dictature amoureuse? A chaque peuple son appréhension de la dictature. André Kanyinda, homme politique Congolais en réponse à ses compatriotes Congolais qui affirmaient que Kabila est un dictateur, avait déclaré ceci sur un site Congolais: « Vraiment, le savons nous tous? Est ce là une de ces affirmations qui, à force d'être répétée, prend la force et la forme d'une vérité première, considérée comme allant de soi? Tout comme l'affirmation de Kabila génocidaire, de Tutsi victimes de génocide et de Hutu génocidaires, de "demulu" vantard, de Museveni démocrate, etc. On ne se pose plus de questions sur leur verité ou véracité. On les accepte comme telles. Quand un journaliste est arrêté pour avoir écrit que "les Kasaiens réclament la dot a Kabila en raison de ses relations avec Tshala Mwana", est ce de la dictature ou de la stupidité de la part du régime? Quand un "opposant" est interrogé par les services secrets pour son activisme en faveur de l'invasion/rébellion, est-ce un acte dictatorial ou responsable dans une situation de guerre (car ne l'oublions pas, le pays est occupé!)? Quand des panneaux annoncent à Kinshasa "Kabila, l'homme qu'il nous faut", est ce de la dictature ou de l'infantilisme? C'est quoi une dictature, en fait? La négation de la démocratie à l'occidental? L'absence de la séparation des pouvoirs, impliquant par exemple que l'exécutif "commande" le législatif et le judiciaire? L'absence des contre-pouvoirs? L'absence de la liberté de presse ou d'opinion, illustrée notamment par l'arrestation des journalistes? L'arbitraire des décisions? Le harcèlement de l'opposition? Le culte de la personnalité? Le non-respect des droits de la personne humaine? All of the above? Si tel est le cas, alors une bonne partie de l'Afrique vit dans la dictature. A moins qu'il y ait des gradations dans la dictature; à moins que la dictature, comme la démocratie, soit une question de degré. A moins que la dictature, comme la démocratie, soit non pas un état statique, mais un processus dynamique. Pays en voie de démocratie ou pays en voie de dictature, tel est peut être le vrai problème... »

Les cinq étudiants de l’université de SOA à Yaoundé ont donné chacun sa définition de dictature sans toute fois mentionné que cette définition variait en fonction des peuples. Reprenons leurs différentes définitions tout en nous interrogeant sur la réalité en Afrique.

Le premier étudiant affirmait que la dictature c’est l’exercice d’un pouvoir absolu : Face à un peuple facilement maniable, face à un peuple que l’impérialisme instrumentalise à sa guise, face à un peuple corrompu, il est parfois important d’exercer un pouvoir absolu. Comment fonctionnaient nos royaumes en Afrique avant l’arrivée des colons ? Le pouvoir exercé sur le peuple n’était il pas absolu?

La dictature c’est l’absence de la démocratie pour le second : La démocratie c’est la loi du nombre, c’est la dictature de la majorité car les plus nombreux dirigent toujours. Pendant les dizaines d’années de pouvoir de la droite en France, la gauche et les autres courants ont subit toutes les lois dictées par celle-ci.

Le troisième, la dictature était tout simplement un nom qui désigne toute politique nationaliste pratiquée par certains Africains antioccidentaux : Il suffit qu’un dirigeant Africain se dresse contre l’occident aujourd’hui pour être traité de dictateur. Tout Africain qui décide d’œuvrer pour son pays et pour l’Afrique est immédiatement traité de dictateur. Robert MUGABE, président du Zimbabwe et Laurent GBAGBO de Côte d’Ivoire sont des exemples idéals pour illustrer ce cas.

Le quatrième étudiant, la dictature est un système de gouvernement propre aux rebelles et aux minorités : Toutes les rébellions en Afrique sont toujours issues des minorités qui se sentant dans l’incapacité de mobiliser un grand nombre de personnes pour gagner une élection, se retrouvent obligées d’user de moyens forts et non constitutionnels pour accéder au pouvoir. Le plus souvent c’est avec l’aide des puissances occidentales qu’elles y parviennent. Une fois au pouvoir, elles se trouvent obliger d’employer la force pour diriger la majorité. L’exemple de la rébellion Ivoirienne, la rébellion centrafricaine.

Pour le cinquième étudiant, la dictature c’est un système de gouvernement dans lequel le dirigeant en chef s’éternise au pouvoir en usant des moyens de musèlement, d’intimidation et de répression brutale des gouvernés. La dictature s’explique t’elle par la longévité au pouvoir ? Ne peut-on pas s’éterniser au pouvoir parce que le peuple le désire ? Lorsque je prends un pays comme le Cameroun où le président à la veille de chaque élection est presque sommé par son peuple de se représenter, je me dis qu’il faut vraiment penser et mettre en place une nouvelle façon de gouverner propre aux Africains qui ne sera ni démocratie, ni dictature.  Alors le président Paul BIYA du Cameroun à qui le peuple demande de se présenter à chaque élection est il un dictateur ? Comme le dit Kanyinda  «Si tel est le cas, alors une bonne partie de l'Afrique vit dans la dictature. A moins qu'il y ait des gradations dans la dictature; à moins que la dictature, comme la démocratie, soit une question de degré. A moins que la dictature, comme la démocratie, soit non pas un état statique, mais un processus dynamique. Pays en voie de démocratie ou pays en voie de dictature, tel est peut être le vrai problème»

La définition du mot dictature varie donc en fonction de la compréhension et de l’appréhension de tout un chacun. Tant qu’on ne cessera pas de définir la dictature en se référant à la démocratie, il nous sera difficile de coller une définition exacte au mot dictature, et les êtres sadiques qui sont à la tête de certains états Africains trouveront toujours un moyen pour justifier leur forfaiture et useront de tous les subterfuges politiques pour que leurs enfants les succèdent au pouvoir. A la tête de chaque dictature se trouve un être sadique appelé dictateur qui est le garant de la politique d’oppression mise en place pour museler le peuple, certains le font à dessein et d’autre par simple ignorance. Alors, pour un peuple hostile à la monarchie, un peuple qui ne supporte pas l’oppression, voici comment ils peuvent faire tomber un dictateur qui veut se faire succéder par son fils. Ici, la stratégie diffère selon que vous soyez un parti politique puissant et bien organisé, une coalition des partis de l’opposition, un mouvement patriotique, un homme populaire, la société civile ou un simple activiste ayant de l’influence sur le peuple.  Quelque soit la catégorie dans laquelle vous vous retrouvez, sachez que l’arme principale à utiliser pour mener le combat contre le dictateur c’est le peuple, sans lui vous courrez à votre perte.

Si vous êtes un parti politique puissant et bien organisé, la première règle à observer c’est : éviter toute querelle interne. A ce propos Edouard Herriot déclarait ceci : « en politique, il vaut mieux avoir tort avec ses amis que raison avec ses adversaires» Tout dictateur sait que la meilleur façon de détruire un parti politique adverse c’est de le faire à partir de l’intérieur en créant des problèmes à travers des personnes qu’ils ont soudoyé pour diviser et détruire l’harmonie. Mettez donc immédiatement à l’écart toutes les personnes qui vont à l’encontre des idéaux du parti, il est possible qu’il le fasse parce qu’il a été payé pour semer la zizanie au sein de votre parti. Cette stratégie a été utilisée avec succès en Côte d’Ivoire pour affaiblir le Front populaire Ivoirien(FPI) en 2014.  La seconde règle à observer c’est : mettre le parti en ordre de bataille en mobilisant tous les militants jusque à la base dès l’instant où le pouvoir commence à poser des actes digne d’une dictature. Il faut impérativement rassurer les militants et sympathisants du parti en leurs faisant comprendre que la situation est sous contrôle, sinon les âmes fragiles perdront tout envie de suivre le parti dans sa bataille future.  Lorsque ces deux premières règles sont observées, passez à l’étape des alliances avec les micros partis et les mouvements politiques disposés à vous suivre dans votre aventure. Il  est important pour moi de vous rappeler qu’une alliance avec des personnes qui ne partagent pas vos idéaux, est un risque énorme que je ne vous conseille pas de prendre. Vaut mieux mener un combat avec peu de personnes acquises à votre cause, que mener un combat politique avec plusieurs personnes ayant des ambitions douteuses. Assurez-vous que l’alliance ait une représentation dans toutes les villes importantes du pays. Elargissez votre champ d’action au maximum à travers tout le pays pour contraindre le pouvoir dictatoriale à ne pas concentrer ses forces dans la capitale tout en mobilisant le maximum de personnes dans la capitale, si possible prévoir les moyens de transport pour rallier les manifestants des villes et villages proches de la capitale. Etant donné que dans la plupart des  dictatures, les médias publics sont fermés à l’opposition, vous devez privilégier le vieux système des tracts anonymes pour faire passer vos messages aux populations et avoir des agents de relais pour rallier les différentes bases. Ne surtout pas utiliser les nouvelles techniques de l’information et la communication qui fait l’objet de beaucoup d’attentions, pensez vous que le dictateur est stupide au point de ne pas mettre ses opposants sur écoute ? Faites en sorte d’avoir plusieurs stratégies, prévoyez une solution au cas où le pire se produirait, car bien se préparer avant tout combat ce n'est pas espérer le meilleur, c'est imaginer une stratégie capable de gérer le pire, à n'importe quel prix.  Dès que vous êtes sûrs d’avoir observé toutes ces règles, attendez le moment opportun, attendez la goutte d’eau qui fait déborder le vase pour appeler le peuple à prendre le pouvoir dans la rue. Il est question d’avoir le prétexte idéale pour demander le départ du dictateur. Avancez sans reculer, faire un retour après l’offensive, c’est permettre au dictateur d’en finir définitivement avec vous.

Si vous êtes un simple mouvement politique ou un micro parti politique, la difficulté principale sera le manque de moyen financier pour mener votre combat.  Plus vous êtes petit, plus vous êtes une cible facilement maitrisable pour le dictateur.  Assurez-vous que l’harmonie et la paix règne au sein de votre mouvement, débarrassez-vous des traîtres et autres corrompus identifiés en votre sein, il en existera toujours des naïfs qui vont oublier qu’aucun homme de pouvoir n'est généreux. Les hommes de pouvoir font tout pour paraître généreux alors qu'ils ne le sont pas, la véritable générosité ne fait pas partie des vertus qui permettent d’accéder au pouvoir. Mettez-vous sous le couvert d’une coalition s’il en existe un dans le pays ou alors formez votre propre coalition à l’image de la galaxie patriotique de Côte d’Ivoire qui a combattu avec bravoure la France impérialiste. Dans un pays, un fort tout seul ne peut rien faire face à plusieurs faibles qui se sont mis ensemble pour le combattre. Cependant, les faibles doivent se garder de faire appel à une puissance étrangère pour les aider à combattre leur adversaire. Car toute puissance qui vous aide à conquérir le pouvoir, devient votre maitre et par conséquent vous dicte la conduite à suivre. Voulez vous chasser un dictateur pour en devenir un autre?

Si vous êtes un homme populaire, jouez sur la fibre populiste et soyez un bon opportuniste. Faites vous très discret, ne trahissez pas vos ambitions jusqu'à ce que vienne le jour où vous allez profiter d’un événement de masse dans le pays pour retourner le peuple contre le régime dictatoriale qui l’opprime. Vos discours ne doivent émettre que des idées avec lesquelles tout le monde est déjà d'accord avant. En quelque sorte, je vous demande de caresser le peuple dans le sens du poil. BLE GOUDE Charles avait profité de sa popularité pour faire échouer le plan de déstabilisation des institutions de la république qui avait été lancé par la France impérialiste en Côte d’Ivoire en 2004. Tout opportuniste à sa place aurai bien pu profiter de cette popularité pour accéder au pouvoir d’état si ce mouvement populaire était diligenté contre le régime de GBAGBO. L’ancien président de Madagascar Andry Rajoelina(2009-2014), Ex Disc Joker(DJ) populaire avant d’être maire d’Antananarivo avait profité d’un mouvement de masse pour faire tomber le régime et accéder au pouvoir d’état, quel opportuniste !

Si vous êtes un activiste ayant de l’influence sur le peuple, servez vous de cette influence pour préparer le peuple à la révolte. Soyez la voix des sans voix en disant tout haut ce que les gens disent tout bas du régime dictatorial. Ayez plusieurs profils sur les réseaux sociaux avec des noms d’emprunt, animez plusieurs blogs car plus il existe plusieurs profils et blogs dénonçant les pratique d’un même individu, plus cela attire l’attention du monde. Ayez des informateurs au sein de l’appareil de l’état qui vous donnent des informations précises avec des éléments de preuves accablants.

Après la lecture de ce qui précède, chaque Africain devra être en mesure de faire la différence entre une dictature selon la vision occidentale et une dictature vue par les Africains. Chaque Africain devra être capable de mettre sur pied une stratégie efficace pour lutter contre les dirigeants identifiés comme étant des dictateurs.

 

MBEPGUE T. Thierry

Combattant de la Liberté,

Auteur -Panafricaniste